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Depuis son accident du travail, un homme, soudeur de métier, reçoit de temps à autre, dans sa chambre d’hôpital, la visite de sa chanteuse préférée : Nana Mouskouri. Entre deux chansons qu’elle lui chante allègrement, il parle de sa vie, de son travail, du service public, du cosmos, de ses envies d’ailleurs et de sa relation frictionnelle avec son fils. Il en rajoute même parfois en se proclamant pour elle grand avocat et général des armées devant l’éternel pour dénoncer l’indifférence des gens et le monde qui fout le camp. Mais bientôt quelque chose cloche. La chanteuse est désormais omniprésente et lui chante en boucle et de plus en plus fort sa chanson : « Quand je chante avec toi Liberté ». Alors, à l’enchantement des premiers échanges succède l’inquiétude. À l’inquiétude succède l’ennui. À l’ennui s’invite la colère.


« Quand elle vient

et qu’je la sens tout près d’moi

ma p’tite femme

hé ben ça chante

oui ça chante là dans ma tête

ça chante

quand elle est là

elle me parle en chansons

elle met des chansons dans ma tête

des chansons de Nana

Nana Mouskouri

que des chansons de Nana Mouskouri

elle sait bien c’que j’aime

ma p’tite femme

alors la grande Nana

comme ça

rien qu’pour moi

c’est l’paradis gratis

surtout qu’au début

au début quand elle est partie

ma p’tite femme

de l’aut’côté

ç’a pas été simple

ça crie beaucoup là-d’dans

elle crie sans arrêt

des grands cris d’femme perdue

qui agitent toutes mes nuits

de longues nuits blanches

à m’faire marcher les deux pieds

dans l’vide

la cervelle à ciel ouvert

Des grandes nuits d’colère

à étrangler la terre entière

tellement

tellement elle m’fait d’la tempête

là-d’dans... ».


«...En s’inspirant librement de la parole de son père, ou plus exactement et parce c’était un taiseux », de son énergie « et de sa très souvent mauvaise humeur », Jacques Descorde dit le monde déboussolé et les changements sociaux qui ont désintégré le monde ouvrier, sapé ses espoirs politiques et défait les liens qui en faisait une classe qui n’avaient peut-être pas les mots, mais qui avait alors un nom ! »

                                                                                                CR  -  Journal La terrasse.



Les Dates :

-Du 15 au 19 janvier 2019 au théâtre des Ilets - Centre dramatique national de Montluçon.

-Les 6/7 février 2019 au théâtre de l’Oiseau Mouche à Roubaix.

-Le 5 octobre 2019 au Château d’Hardelot.

-Le 29 février 2020 au théâtre de Montreuil sur mer.

-Du 3 au 26 juillet 2021 à la Factory - Festival d’Avignon Off.



Presse :


©

Journal La terrasse

Publié le 6 juin 2021 - N° 290


Pourquoi fait-on du théâtre lorsque rien n’y prédispose socialement ? Jacques Descorde tente de répondre à cette question en s’inspirant des silences de son père et de l’effacement des ouvriers.

« Cette question est le point de départ de mon texte : qu’est-ce qui fait qu’aujourd’hui je sois auteur et metteur en scène de théâtre alors que mon père a été toute sa vie ouvrier spécialisé et ma mère femme de ménage et qu’à la maison il n’y avait pas de livre et qu’on ne s’intéressait pas vraiment au cinéma, à la musique, à l’art en général et encore moins au théâtre ? » dit Jacques Descorde. Pour y répondre, il invente un homme, ancien soudeur, qui soliloque dans sa chambre d’hôpital avec Nana Mouskouri, sa chanteuse préférée, le fantôme de sa « petite femme » ou celui du médecin aux allures de pélican hautain et aux soupirs empreints de mépris de classe.

Les mots pour le dire.

Il évoque son serin jaune, ses mots fléchés, sa vie, son travail… Et faut que ça sorte, faut que ça gueule, comme il le faisait avant, au volant, dans sa baignoire ou contre un oreiller pour ne pas gêner les voisins et éviter de gueuler sur son môme… Parce qu’il « y a des moments où il faut dire pour pas tomber malade » ! En s’inspirant librement de la parole de son père, ou « plus exactement et parce c’était un taiseux », de son énergie « et de sa très souvent mauvaise humeur », Jacques Descorde dit le monde déboussolé et les changements sociaux qui ont désintégré le monde ouvrier, sapé ses espoirs politiques et défait les liens qui en faisait une classe qui n’avaient peut-être pas les mots, mais qui avait alors un nom…

Catherine Robert