Ce que nous désirons est sans fin de Jacques Descorde

3 personnages : Le père : 50 ans - Le fils : 17 ans - L’ami : 20 ans

EDITIONS L’OEIL DU SOUFFLEUR.

Texte protégé par la SACD.


Un texte que j’ai écrit en m’inspirant librement d’un fait divers : un jeune homme de 17 ans qui avec la complicité d’un ami tue (vraiment) son père. Les deux jeunes hommes avaient été décrits par les experts comme "narcissiques" et très dangereux pour l’ami et ils n'avaient pu expliquer clairement aux enquêteurs les raisons du crime. C'est cette absence de mobile apparent qui avait été au centre du procès. L’histoire que j’ai imaginée d’après ses faits s’achève avant l'assassinat. Je me suis essentiellement intéressé au tissage et au développement de cette amitié toxique, de cette relation d’emprise entre ces deux ados, au montage du complot, à la menace sourde qui grandit contre le père au jour le jour au sein même de la maison familiale. "Ce que nous désirons est sans fin" est une bouffée délirante, un parcours fantasmatique où le désir ne fait pas naître un rêve mais un cauchemar noir.


EXTRAIT


LE PERE

Tu aimes le whisky ?


L’AMI

Pas vraiment.


LE PERE

Alors goûte-moi celui-là.

S’essayant sur le canapé

Tu fais quoi de tes journées ?


Un temps


L’AMI

Je prends ma douche vers neuf heures et je dessine des ailes d'ange avec la buée sur le miroir en fumant du shit. Vers midi je mange les restes de la veille en écoutant la radio. Je fais la sieste jusqu’à seize heures et ensuite après quelques rails de coke j’attends sans rien faire dix neuf heures l’heure de la bière puis des verres de vin puis d’autres verres encore puis de la vodka frappée en fin de soirée en rêvant à des lendemains toniques et tonitruants.


Un temps


LE PERE

T’es un malin toi.


L’AMI

Si vous le dites.


LE PERE

Tu sais.


L’AMI

Oui ?


LE PERE

Je ne t’aime pas.


L’AMI

C’est évident pourquoi le dire ?


LE PERE

Laisse-le.


L’AMI

Votre fils ? Mais je ne l’ai jamais pris.


LE PERE

Fous-lui la paix. Il n’est plus le même depuis que vous vous connaissez.


L’AMI

Les choses changent. Tout change. C’est tout ce que je sais.


LE PERE

Et le tien ?


L’AMI

Quoi le mien ?


LE PERE

Le tien de père.


L’AMI

Faut vraiment que je réponde à ça ?


LE PERE

Tu ne bois pas ?


L’AMI

Je n’ai pas besoin de ça pour répondre.


LE PERE

Alors dis-moi ton père ?


L’AMI

Mon père ? Que je vous dise que c’était un homme bon ou un abruti quelle importance ? C’est mon père.


LE PERE

Tu ne l’as pas connu c’est ça ?


L’AMI

En levant son verre A la vôtre et le goûtant Il est pas mal ce whisky.


LE PERE

Pourquoi tu ne veux pas me répondre ?


L’AMI

Peut-être un peu trop tourbé.


LE PERE

Réponds à ma question.


L’AMI

Tout compte fait un peu écoeurant.


LE PERE

Réponds.


L’AMI

Ne me donnez pas d’ordre.


LE PERE

Je veux juste que tu répondes à ma question.


L’AMI

Je déteste les ordres. Fuck ! en balayant d’un revers de la main.


LE PERE

Tu réponds comme ça à ton père ?


L’AMI

Je réponds à vous.


LE PERE

Tu réponds rien parce que tu ne l’as pas connu.


L’AMI

C’est comme vous voulez.


LE PERE

C’est bien ça ?


L’AMI

C’est comme vous voulez.


LE PERE

Tu as quelque chose contre moi ?


L’AMI

C’est comme vous voulez.


LE PERE

Espèce de merdeux.


Un temps


L’AMI

Maintenant Il y a un problème.


Un temps


LE PERE

Je ne dors plus la nuit parce qu'on frappe à la porte de ma chambre. Pourtant personne ne frappe à la porte de la chambre. Je sursaute la nuit parce que des hurlements me déchirent le sommeil. Pourtant personne ne hurle dans la maison. D'ailleurs personne ne peut hurler si fort comme ça. Pourtant je sais que c'est toi. Alors j’attends assis sur le lit jusqu'au petit matin que tes coups dans la porte et tes hurlements cessent. Que ça passe. Que le jour revienne complètement et que tu disparaisses.


L’AMI

Je ferai mieux d’attendre dehors.


Il s’en va. Le père reste assis.


Noir.